Bac S 2015 Asie (corrigé)

Partie 2.2 : enseignement de détermination (5 points) Génétique et évolution (sujet)

Le sujet est intéressant, mais demande une bonne maitrise des notions de phylogénie et surtout prête à controverse.

corrigé

Homo floresiensis a été placé dans le genre Homo.
(connaissances:) On recherche des caractères possédés à la fois par Homo sapiens et Homo floresiensis, mais que ne possède pas l'Autralopithecus sebida qui ne fait pas partie du genre Homo. Capacité crânienne, position du trou occipital et taille donnés dans le document 1 (déduction:) ne correspondent pas à cette exigence. Les caractéristiques du poignet (points d'ancrage de l'os trapézoïde et du grand os présentés dans le document 2) sont proches chez Homo floresiensis et chez le Chimpanzé, donc (déduction:) les données liées au poignet ne peuvent pas non plus constituer une justification.

Période: (connaissances:) Homo floresiensis est forcément postérieur à l'ancête commun de tous les Homo; l'âge de cet ancêtre n'est pas connu avec précision, (déduction:) mais si les fossiles d'Homo floresiensis était plus anciens il serait impossible de justifier le classement dans le genre Homo.

Homo floresiensis possède une face réduite, (déduction:) ce qui le rapproche d'Homo sapiens;
il fabriquait des outils, (connaissances:) ce qui n'est pas une caractéristique exclusive du genre Homo, mais ceux -ci étaient finement taillés, (déduction:) ce qui constitue un argument supplémentaire;
les restes d'animaux carbonisés trouvés près du fossile semblent indiquer une maitrise du feu, (connaissances:) exclusivité de certaines espèces du genre Homo (déduction:) donc Il en fait partie.

Homo floresiensis serait une nouvelle espèce d'Hominidés et non un homme moderne (Homo sapiens)

Les arguments donnés précédement pour classer Homo floresiensis dans le genre Homo ne suffisent pas à en faire un Homo sapiens: sa capacité crânienne et sa taille sont bien inférieures (doc.1) et surtout le doc.2 montre que les os du poignet, semblables chez Homo neandertalensis et Homo sapiens sont très différents chez Homo florensiensis qui conserve sur ce point le caractère ancestral présent chez le Chimpanzé. (déduction:) L'ancête commun d'Homo floresiensis et de l'Homo sapiens est donc antérieur à celui d'Homo neandertalensis et Homo sapiens qui présentent l'état dérivé du caractère (et Homo floresiensis ne peut en aucun cas être un Homo sapiens).

Homo floresiensis serait un Homo sapiens souffrant d'une maladie
Selon le document 3a la capacité crânienne et la taille d'Homo floresiensis "tombent" dans la fourchette prévue pour un homme moderne de l'ile de Flores atteint du syndrome de Dawn.

Le document 3b montre un crâne asymétrique, ce qui est indiqué comme caractéristique des personnes atteintes de cette même maladie.
Ces trois caractéristiques sont donc compatibles avec la deuxième hypothèse, sans pour autant être décisives. Le raisonnement du type "Homo floresiensis est petit, les Homo sapiens atteints du syndrôme de Dawn sont petits donc Homo floresiensis est un Homo sapiens atteint du syndrôme de Dawn" est faux (parce que d'autres Hominidés que des Homo sapiens malades peuvent être petits).

L'outil de détermination de note qui suit est habituellement utilisé pour la question 2.2

Démarche... cohérente maladroite incohérente ou absente
Eléments scientifiques tirés des documents et issus des connaissances... suffisants dans les deux domaines suffisants pour un domaine et moyen dans l'autre ou moyen dans les deux suffisant pour un domaine et moyen dans l'autre ou moyen dans les deux moyen dans l'un des domaines et insuffisant dans l'autre insuffisant dans les deux domaines rien
Note 5 4 3 2 1 0

discussion

L'idée de rechercher dans un ensemble de documents les arguments de deux théories contradictoires est à priori intéressante (dans l'ancien programme de spécialité de 2001 tout un chapitre était conscré à la controverse concernant l'explication de la crise biologique Crétacé-Tertaire).

Mais si la découverte du fossile LB1 (Homo floresiensis) dans la grotte de Liang Bua a provoqué chez les scientifiques étonnement, puis controverse passionnée, il faut dire que les arguments qui subsistent aujourd'hui en faveur de l'hypothèse "Homo sapiens pathologique" sont bien faibles. Le document 3 est une illustration de cette faiblesse.

Nous avons expliqué ci-dessus que le document 3a ne pouvait pas prouver la seconde hypothèse (on peut seulement montrer qu'une hypothèse est fausse et c'est précisément ce que fait le document 2 pour cette seconde hypothèse).

Le document 3b implique un raisonnement tout aussi faux: "Homo floresiensis possède un crâne asymétrique, les Homo sapiens atteints du syndrôme de Dawn possèdent un crâne asymétrique donc Homo floresiensis est un Homo sapiens atteint du syndrôme de Dawn" est un raisonnement invalide.

De plus l'affirmation selon laquelle les malades du syndrôme de Dawn possèdent un crâne asymétrique ne résiste pas à l'analyse: ces malades sont malheureusement suffisamment nombreux pour que tout un chacun ait pu constater par expérience première que ce n'était pas (souvent) le cas et il est difficile de trouver des documents citant l'asymétrie comme caratéristique du syndrôme de Dawn (exemple: G. Furelaud, 2003).

Quand à l'origine de l'asymétrie apparente (que personne de conteste) du crâne de LB1, un des co-découvreurs du fossile explique qu'un crâne resté plusieurs milliers d'années sous terre peut devenir asymétrique, sans compter les difficultés à consolider des os qui avaient la consistence du papier mouillé. L'asymétrie ne peut donc constituer «un argument bien solide» (Holloway cité par Tabitha Powledge, 2006).

Pire le montage photographique (qui n'apparait pas dans la publication de 2012, mais dans une précédente publication à laquelle participait Eckhardt, mais menée en 2006 par Teuku Jacob, le chef de la paléontologie indonésienne), est particulièrement discutable.


La manipulation présente dans cette image fait appel à l'émotion pour souligner l'anormalité de LB1. Hors comme le souligne Todd Rae (toujours cité par Tabitha Powledge) on ne pourrait estimer qu'il est franchement asymétrique qu'en le comparant statistiquement à des crânes qui auraient subit les mêmes conditions d'enfouissement et de découverte.

J'estime que ce document relève de la fausse science; c'est le type de document souvent repris sur des sites "révisionnistes" ayant pour sujet l'évolution. Il faut se méfier des images:

Bien peu de scientifiques seraient prêts à admettre que les images ont un contenu idéologique intrinsèque. (...) Bon nombre nos illustrations matérialisent des concepts, tout en prétendant n'être que des descriptions neutres de la nature. Ce type d'image est le plus puissant agent de maintien de la conformité intellectuelle, puisque faire passer des idées pour des descriptions conduit à mettre le signe égal entre ce qui n'est qu'hypothèse et ce qui est fait objectif. Autrement dit, des manières de se représenter le monde se retrouvent transformées en prétendues données objectives de la nature. Des conjectures deviennent des choses.

contexte et historique

Pour commencer, un rappel des énoncés des deux derniers programmes de terminale concernés par le thème:

«Le genre Homo regroupe l'Homme actuel et quelques fossiles qui se caractérisent notamment par une face réduite, un dimorphisme sexuel peu marqué sur le squelette, un style de bipédie avec trou occipital avancé et aptitude à la course à pied, une mandibule parabolique, etc. Production d'outils complexes et variété des pratiques culturelles sont associées au genre Homo, mais de façon non exclusive. La construction précise de l'arbre phylogénétique du genre Homo est controversée dans le détail.» (programme, 2011).

«Les critères d'appartenance à la lignée humaine sont les caractères liés à la station bipède, au développement du volume crânien, à la régression de la face et aux traces fossiles d'une activité culturelle. (...).Les espèces du genre Homo possèdent en outre des caractères dérivés crâniens marqués notamment par une augmentation du volume crânien et une réduction de la face.» (programme, 2001, obsolète).

Entre ces deux énoncés, la référence à l'augmentation du volume cranien comme critère d'appartenance à la lignée humaine disparait. Et entre ces deux énoncés est intervenue la découverte du fossile LB1.

Cette découverte est considérée comme exceptionnelle (il est très rare de trouver autant d'éléments d'un squelette d'hominidé appartenant au même individu en association avec des outils lithiques) et très importante par les questions qu'elle soulève.

Le site didac-TIC présente ailleurs une analyse des concepts liés à l'idée d'évolution. La page Les découvertes d'Hominidés (qui ne liste que les publications les plus importantes) contient un grand nombre de références à la grotte de LIan Bua et une page spécifique est consacrée à la Femme de Flores. J'en résume ci-dessous quelques éléments.

Lorsque le squelette de LB1 est découvert par Mike Morwood et Raden Soejono dans la grotte de Liang Bua, sur l'ile de Flores, en Indonésie, Peter Brown est appelé à l'aide et se déplace depuis l'Australie; l'équipe identifie rapidement une femme adulte d'environ 1 m possédant une capacité crânienne de 400 cm3. Une datation de charbons "voisins" donne 18 000 ans (la stratigraphie de la grotte a été révisée en 2016 pour attribuer à LB1 un âge compris entre 190 000 et 60 000 ans et aux outils associés un âge d'au moins 50 000 ans : Thomas Sutikna, 2016).

Mais comment nommer cette femme ? Sundanthropus floresianus, Homo floresiensis, et même Homo hobbitus (en référence à J. Tolkien) seront évoqués. L'équipe évite surtout de lui donner un surnom. La publication des données (Peter Brown, 2004 et Mike Morwood, 2004 et 2005) fait l'effet d'une bombe. La découverte d'un hominidé de petite taille, d'un volume crânien limité, ayant vécu a une époque récente et accompagné d'outils plutôt sophistiqués représente une mosaïque jamais vue de caractères archaiques et modernes (ancestraux et dérivés).

Les trois noms proposés correspondent à trois hypothèses (Chris Stringer, 2014), la troisième étant aujourd'hui indéfendable:

Références

 Brown P. et al. 2004. A new small-bodied hominin from the Late Pleistocene of Flores, Indonesia. Nature, 431 : 1012-1017..

Furelaud G.. 2003. La Trisomie 21: origines et quelques chiffres. Sur le site Planet Vie.

 Morwood M. J. et al. 2004. Archaeology and age of a new hominin from Flores in eastern Indonesia. Nature, 431. 1087-1091.
 Morwood M. J. et al. 2005. Further evidence for small-bodied hominins from the late Pleistocene of Flores, Indonesia. Nature, 437: 1055-1061. DOI: 10.1038/nature04022

 Stringer C.. 2014. Small remains still pose big problems. Nature, 514: 427-429. pdf, 1,5Mo.

) Sutikna T.. 2016. Revised stratigraphy and chronology for Homo floresiensis at Liang Bua in Indonesia. Nature 532: 366-369. doi: 10.1038/nature17179

Bibliographie

L'homme de Flores. Un exercice sur le même thème (en plus complexe!) proposé sur le site de l'académie de Créteil.
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